Pour que la planète respire..

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Dr. Hajar Bennar*

Au fur et à mesure que le coronavirus sévit, se propage de continent en continent, étouffe l’Humain, la planète respire. Elle n’a jamais autant respiré depuis l’avènement de l’ère industrielle et la multiplication des échanges commerciaux à l’aube de la mondialisation. Elle n’a jamais autant respiré depuis les 310 millions de tonnes de déchets plastiques chaque année, les 5 tonnes d’émissions de CO2 par an, la dégradation massive de sa faune et de sa flore avec une extermination colossale des espèces animales et insectes, mais aussi depuis les récents incendies dévastateurs en Amazonie ou en Australie qui ont altéré les poumons de la TERRE.

L’humanité est abasourdie devant les images montrant la diminution de la pollution de l’air et de l’eau : une diminution significative des émissions de gaz à effet de serre en Chine, en Italie du Nord et à New York ; une eau claire et transparente dans les canaux de Venise engendrant un retour des poissons, voire même d’un dauphin observé en Sardaigne ; et une réapparition de nos majestueux fennecs dans les plaines de Merzouga. Mais est-il nécessaire que la nature reprenne de force ses droits pour que l’humain en respecte les liens les plus fondamentaux ?

L’heure est au jugement, il serait grand temps de se repentir quant à notre surconsommation, le déni de nos actes de pollution, de transfert de pollution pour certains, ou encore de passivité pour d’autres. Il est temps, et étant donné que nous avons tout le temps aujourd’hui de le faire, de réaliser cette « introspection écologique », cette analyse de nos comportements en tant qu’individus mais également en tant que pays.

Si nous nous réjouissons des effets positifs que la pandémie a sur la nature, ils sont malheureusement de courte durée et s’évaporeront avec la reprise d’activité des usines, la multiplication des lignes de transport et l’accroissement des échanges mondiaux. Les scientifiques affirment qu’afin qu’une telle cessation d’activité puisse faire réellement respirer la planète, il faudrait qu’elle dure au moins une cinquantaine d’années.

En parallèle, une autre pandémie nous asphyxie. La pollution engendrée par les êtres humains provoque 8,8 millions de décès prématurés chaque année et réduit l’espérance de vie de trois ans en moyenne selon une étude allemande publiée dans la revue de la Société Européenne de Cardiologie. La pollution tue plus que le tabac, le sida ou les guerres, dix neuf fois plus que le paludisme et trois plus que l’alcool.

Tout comme le coronavirus, ou presque, les trois quarts des personnes qui meurent de la pollution de l’air ont plus de 60 ans. Encore pire que le coronavirus, la pollution ouvrira des portes jusqu’alors fermées à double tour dans la mesure où le réchauffement climatique fait apparaître des virus dont nous ne connaissons pas les génomes, atypiques, qui ont été longtemps gelés dans le permafrost et figés par la présence de ces glaciers. Et ce n’est que le sommet de l’iceberg cachant un monde futur bouleversé par les épidémies, les catastrophes naturelles et la raréfaction des ressources si aucune réelle mesure collective n’est prise.

Tous les acteurs de la société devraient œuvrer à la baisse de la pollution atmosphérique, terrestre et marine. L’ensemble des pays de la planète est appelé à l’action. Il y a urgence climatique !

La courte pause des émissions de gaz à effet de serre observée actuellement ne durera que l’espace de quelques semaines avec un effet rebond tel que celui ayant eu lieu en 2008 lors des Jeux Olympiques de Pékin avec le déplacement des activités industrielles en dehors de la ville, ou encore lors de l’irruption du volcan islandais ou de la crise des subprimes. Il n’est d’ailleurs pas nécessaire de « confiner » l’économie pour préserver l’écologie, il n’est pas tout à fait nécessaire de clamer la décroissance. L’économie peut continuer son bout de chemin mais en emportant avec elle le respect de l’environnement, c’est ce que l’on appelle un « développement durable ».

Rien qu’en remplaçant les combustibles fossiles par des énergies propres, nous pourrons gagner un peu plus d’un an d’espérance de vie et nous épargnerons 5,5 millions de vies par an. Assurons une transition écologique via une transition énergétique d’abord, en prenant en compte les autres branches tout aussi primordiales que complémentaires telles que la gestion des déchets, la préservation des espaces forestiers, de la biodiversité, etc. Formulons des stratégies et politiques publiques aux priorités écologiques. Concertons-nous entre Etats pour mener à bien l’avenir de la planète et cessons de brandir la responsabilité historique comme ultime veto à toutes les COP et sommets pour le climat ; concertons-nous dans l’élaboration d’instruments de finance climatique à moyen et long terme, de gouvernance relative au commerce du carbone et aux pertes et aux dommages dus au changement climatique.

Mettons un point d’honneur à collaborer dans une lutte commune et sans répit pour la résilience et contre le changement climatique ; honorons l’Humain avant toute chose car l’heure est à la TERRE !

*Docteur en Économie et Société & chercheure associée au laboratoire interdisciplinaire d’innovation en sciences sociétales (LiRIS) de l’université Rennes 2.

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Najwa Koukouss

Très bien dit , notre faune et flore se reposent actuellement mais ceci ne durera pas si l’humain ne change pas de comportement et si les Etats ne prennent pas les bonnes démarches et décisions économiques et industrielles pour préserver l’environnement. Tout a été expliqué dans ton article docteur . Bravo